Laurence Aëgerter
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Rencontre avec l'artiste Laurence Aëgerter, invitée au Petit Palais

Distillées dans les différents espaces du Petit Palais, les œuvres de l'artiste Laurence Aëgerter entrent en dialogue avec la richesse des collections permanentes du musée dans le cadre de l'exposition « Ici mieux qu'en face » prolongée jusqu'au 9 mai 2021* . L’artiste, née en 1972, vit et travaille depuis 1993 entre Amsterdam et Marseille ; pluridisciplinaire, son travail aborde avec générosité la tapisserie, la photographie, la sculpture et l’installation. Rencontre.

* Sous réserve de réouverture des musées de la Ville de Paris

Quel est votre lien avec le Petit Palais ?

J’ai découvert le Petit Palais il y a quelques années seulement, grâce à Fannie Escoulen, commissaire d’exposition, et Susana Gàllego Cuesta, qui était à l’époque conservatrice du fonds photographique du musée du Petit Palais.

Lors de notre premier rendez-vous pour discuter de ce projet d’exposition, mon émerveillement fut direct. Pour moi, le Petit Palais fait partie des dix plus beaux musées que j’ai visités. J’y suis depuis allée un très grand nombre de fois et je ne m’en lasse pas.

Mes œuvres favorites sont aussi celles autour desquelles j’ai créé des nouveaux travaux et interventions in situ : Soleils couchants sur la Seine à Lavacourt de Claude Monet, l’icône russe de la Tête de Saint Jean Baptiste dans une coupe, le daguerréotype de Léon Riesener montrant sa fille Thérèse endormie, la Tenture des Quatre Parties du Monde et la Harpe du 18ème siècle.

Laurence aegarter

Laurence Aëgerter, Soleils couchants sur la Seine à Lavacourt, 2020
Image © Pierre Antoine

Comment avez-vous pensé ce parcours dans les collections permanentes ?

Avec la commissaire d’exposition invitée Fannie Escoulen et les commissaires du Petit Palais Christophe Leribault et Clara Roca, nous avons beaucoup travaillé sur la question du déplacement, de l’infiltration, et à un jeu d’illusions et de miroir entre les œuvres du Petit Palais et mon propre imaginaire.

J’ai voulu m’emparer du lieu et créer des pièces en regard d’objets que je rencontrais au fil de mes visites du musée et des réserves.

Laurence aegarter

Laurence Aëgerter, Schutzmäntel (Manteaux de protection), 2020, Trois tapisseries en jacquard, fils mixtes, Collection de l’artiste. Image © Pierre Antoine 

Quelles œuvres, parmi les vôtres et celles de la collection, avez-vous choisies ?

J’ai choisi les œuvres dans la collection qui me touchent le plus comme points de départ de nouveaux travaux. Le daguerréotype de Léon Riesener par exemple m’a beaucoup émue. C’est une photographie qui est extrêmement fragile, et c’est pour cela qu’elle n’est jamais montrée au public. Elle m’a inspirée la lithophanie Le Sommeil, Thérésou (image ci-dessous) J’ai réalisé une grande plaque de porcelaine extrêmement fine (6 millimètres) avec un dessin moulé, comme un bas relief, lors de ma résidence à la Manufacture de Sèvres. On y voit une petite fille endormie qui apparaît comme un motif en noir et blanc quand la lumière du soleil passe à travers la porcelaine.

Un autre exemple est la tapisserie des Soleils couchants sur la Seine à Lavacourt. Ma tapisserie est un écho au tableau de Monet présenté dans la même salle du musée, de l’autre côté de la cimaise. J’ai répété le motif du soleil, cher à Monet, cinq fois, comme un ricochet dans le ciel. J’ai voulu ajouter à cette image le sens du toucher en utilisant la technique de la tapisserie en jacquard et prolonger la recherche de Monet sur l’effet de la lumière, en utilisant des fils dont l’intensité colorée évolue au gré des situations lumineuses.

Laurence aegarter

Laurence Aëgerter, Le Sommeil, Thérésou, 2020
Image © Pierre-Antoine

Votre travail embrasse différents médias et disciplines : qu’appréciez-vous dans ces possibles multiples ?

J’adore les techniques et le savoir-faire d’artisans d’excellence aussi bien que d’amateurs. Chaque technique apporte un langage visuel spécifique, et je cherche à être au plus près de mon ressenti en utilisant la technique ou le savoir-faire qui est le plus approprié. La collaboration avec différents techniciens est aussi pour moi une grande source de plaisir et d’enrichissement.

Pour aller plus loin

« Laurence Aëgerter, Ici mieux qu'en face »

Initialement prévue du 6 octobre 2020 au 17 janvier 2021, l'exposition est prolongée jusqu'au 9 mai 2021, sous réserve de réouverture des musées de la Ville de Paris.

Voir le dossier de presse

Voir le reportage de l'exposition ainsi qu'une interview de l'artiste sur son travail mené avec Sèvres - Manufacture et Musée nationaux :

Reportage - Laurence Aëgerter, Ici mieux qu'en face
Laurence Aëgerter, artiste invitée à Sèvres - Manufacture et Musée nationaux