Jean Goujon, Nymphe et petit génie monté sur un dragon marin, 1547
Actualité

5 bonnes raisons de (re)découvrir la fontaine des Innocents, au musée Carnavalet puis en balade

Publié le 23 mai 2024

 

C’est une première ! Le musée Carnavalet n’avait jusqu’ici jamais consacré d’exposition à un seul monument. Du 24 avril au 25 août, l’institution dédiée à l’histoire de Paris braque ses projecteurs sur la fontaine des Innocents, point bien connu du quartier des Halles. Pourquoi un tel choix ? Tout simplement parce que la fontaine est en cours de restauration, et qu’il est bon de s’y intéresser pour mieux la connaître d’ici la fin des travaux au mois de juin ! En attendant, on fait le point sur son histoire et sur ses chefs-d’œuvre : les bas-reliefs de Jean Goujon.

 

Musée

image d'illustration
Musée Carnavalet, Histoire de Paris

23, rue de Sévigné
75003 Paris
France

Les Innocents : un quartier en constante mutation

Le Marché et la fontaine des innocents

Le Marché et la fontaine des innocents, John James Chalon

Un peu d’Histoire. Si, aujourd’hui, la fontaine se situe à deux pas de la Canopée des Halles et à quelques minutes à pied du Centre Pompidou, le Paris dans lequel elle est apparue était bien évidemment tout autre. Sa construction a débuté en 1548, à l’angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers – cette dernière a depuis disparu, en partie absorbée par la rue Berger. La fontaine a alors pour voisins l’église des Saints-Innocents, construite au XIIème siècle et détruite en 1786, et le cimetière éponyme, fermé en 1780 après une longue vie remontant jusqu’aux Mérovingiens. Adossé à un bâtiment d’habitation, elle a pour fonction d’alimenter en eau le quartier des Halles… Et est entourée, au XIXème siècle, de l’ancien marché des Innocents, dont on découvre une représentation sous le pinceau de John James Chalon, Le Marché et la fontaine des Innocents (1822). Le marché laissera bientôt place aux fameuses halles de Victor Baltard, construites entre 1857 et 1874, puis détruites dans les années 70 pour que les « Halles » deviennent un gigantesque centre commercial assorti d’une gare RER au cœur de Paris.

Un décor des plus remarquables

Eugène Atget, Fontaine des Innocents, 1904

Eugène Atget, Fontaine des Innocents, 1904

L’architecture de la fontaine est composée de trois arcades (une donnant sur la rue Saint-Denis et deux sur la rue aux Fers), qui forment une loggia, une nouveauté pour l’époque. Pour faire écho à sa fonction, son décor sculpté célèbre l’eau, les divinités mythologiques qui lui sont liées et différentes créatures marines. Jean Goujon (né vers 1510 et mort vers 1567), l’un des artistes les plus célèbres de la Renaissance française aujourd’hui injustement méconnu, est choisi pour sculpter la pierre, dans laquelle il invite notamment un triton et des nymphes dénudées, portant des cruches dont s’écoule l’eau (véritable !) de la fontaine. Sensuelles, elles sont accompagnées de petits génies montant des monstres marins…

Un monument regardé par des artistes de toute l’Europe

Jean Auguste Dominique Ingres, La Source, 1856

Jean Auguste Dominique Ingres, La Source, 1856

Un siècle après la disparition de Jean Goujon, l’immense Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin (1598-1680), séjourne à Paris et se rend au pied de la fontaine des Innocents, pour en admirer le décor sculpté. À la même époque, les guides de tourisme culturel exaltent le monument, considéré comme incontournable. De nombreux artistes l’observent et laissent son influence imprimer leur production. Le musée Carnavalet évoque par exemple Augustin Pajou et son travail sur le décor de l’hôtel de Voyer d’Argenson, dans le quartier du Palais-Royal. En 1787, le public est donc parfaitement au courant de la valeur de la fontaine et la défend bec et ongles, alors qu’un risque de démantèlement pèse sur ses pierres… Un peu plus tard, le conservateur Alexandre Lenoir (1761-1839) ira jusqu’à écrire dans la publication du musée des Monuments français : « Rien n’est plus beau que sa fontaine des Innocents (…). Cet ouvrage est un de ceux qui honorent le plus l’école française ; il règne entre la sculpture et l’architecture dont le monument se compose, une harmonie qui charme la vue, et qui provoque d’aimables sensations. (…) Les Grecs n’ont rien produit de plus parfait. »

Bonus : la restauration d’un monument parisien

La restauration

La restauration

Curieux de ce qui se passe durant des travaux ? Le musée Carnavalet a conçu un « Lab » spécialement dédié aux coulisses de la restauration, à la toute fin du parcours de l’exposition. Rendez-vous les mercredis, jeudis et samedis pour voir des conservateurs-restaurateurs travailler en direct sur des éditions en plâtre des nymphes de Jean Goujon, moulées au XIXème siècle. Et si vous manquez le jour de leur présence, pas d’inquiétude : des vidéos de ces interventions sont projetées les autres jours de la semaine !